Richard Richard

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Marseille vue par Richard Richard

Allez savoir pourquoi, moi, lecteur, j’atterris, ce matin-là, dans le bassin Est du grand port autonome de Marseille. Un paquebot jaune attend sur le quai. Je m’avance et demande au Capitaine ad hoc :

– Je peux embarquer ?
– Tu sais amarrer tes lacets ?
– Oui.
– Parfait moussaillon, tu es réquisitionné. Comme tu ne connais rien à la navigation, ton premier travail sera de faire une annonce dans une pièce nommée : La Taverne. Elle se trouve sous la passerelle de commandement. Tu trouveras des paresseux qui se racontent des histoires et écrivent lascivement.
– Quelle est cette annonce ?
– Le paquebot reste à dock pour un festival de littérature.
– Ils ne m’écouteront jamais.
– Suis ton intuition, choisis dix personnes au hasard, les autres suivront. Compris ?
– Compris.

Une fois seul dans La Taverne, je m’installe dans un grand fauteuil, met en marche un vieux phonographe et à sa respiration, j’observe : comment l’amant de Duras a exploré Marguerite Yourcenar dans les mémoires d’Hadrien, comment la blonde Siri Hustvedt a pu passer un été sans les hommes et comment Nancy Huston se transforme en Bad Girl sous l’œil mystérieux d’Emile Ajar dit le Romain. Ils tiennent une sacrée condition humaine. Ils ont dû avoir bonne mer. Notons qu’à tribord, Amélie range tous les chapeaux dans un coin. C’est très nippon. Sur la gauche, le grand Vassili Aksionov montre à Amos Oz sa pratique de la lumineuse césarienne. Pour équilibrer, il faut un philosophe. Sans méthode, je trouve Edgar Morin qui esthétise avec Laurent Gaudé sur le bleu céruléen de la Méditerranée.

Dix, le commandement est bon et sans sourciller, j’annonce :

– Mesdames et Messieurs, je vous ai réunis pour vous avertir d’un nouveau plan de route.

De conserve, ils disent :

– Oh, les beaux jours arrivent !
– Exactement et avec eux de nouveaux passagers. Pour les accueillir vous devez écrire tous les jours, vous frictionner les méninges… Ne regardez pas par dessus bord, je suis votre seul intermédiaire. Allez, au travail, et nous  voyagerons.

Assis, seul dans La Taverne, mon esprit ricoche sur les petits moutons blancs. Ils indiquent un vent de force 2 ou 3 naissant. Étrange bateau oscillant avec « l’insoutenable légèreté de l’être ».

– Alors moussaillon, positive la journée ?

Et sans attendre :

– Tu as une nouvelle consigne.
– Oui, Capitaine.
– Tu seras chargé d’annoncer la météo.
– Mais…
– C’est très important pour la navigation.
– Bien capitaine.

Richard Richard

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