Tzëelia

Au commencement était la mer, l’océan, l’horizon sans obstacle. La pluie, les herbes foulées par le vent comme des tapis mouvants, profonds, le refuge des dunes pour trouver l’isolement, la torche sous la couette dans la nuit interdite, les ouragans d’hiver, le mystère de la vie et pourquoi elle existe, les nuits d’éclairs sauvages, la splendeur des tempêtes, et l’imaginaire impétueux, avide d’être libre, de révélations, d’éclaircies.

Aussi partait-elle pour de longues, très longues balades vers la mer, un bouquin sous le bras. N’a pas souvenir de tout ce qu’elle a englouti sinon qu’elle lisait ce qui lui tombait sous la main : quotidiens, journaux féminins, médicaux, contes, romans, livres anciens… A la recherche de l’essence du monde dans un Finistère nord désert.

Tout mot imprimé, même modeste, captait son attention. Il contenait du savoir.

Ce qui prime à ses yeux : l’aventure, la résolution d’énigmes, toutes, et du sens à ce qui se vit que diable, au revers caché des choses, puisqu’on est là pour ça. Se souvient de Sherlock Holmes, d’Arsène Lupin, compagnons des jours pluvieux ; d’auteurs russes passionnels, d’écrivains français raisonnables, érudits, d’anglais facétieux et un peu foldingues.

Se rappelle L’Amant de Lady Chatterley, lu en cachette, n’avoir pas compris pour quelle raison les adultes le cachaient. L’avoir relu récemment, pour voir de quoi il retournait. S’être inclinée avec jubilation devant D.H. Lawrence, sa subtilité, son habileté à saisir les profondeurs intimes de la psyché. Avoir été marquée à vie par L’oiseau bariolé de Jerzy Kosinski. Puis Plexus, Nexus (Henry Miller), Journal d’Anaïs Nin.

Ado, lire était le bon navire pour franchir les goulots difficiles : L’écume des jours (Vian), L’attrape-cœur (J.D. Salinger), Tendre est la nuit (Scott Fitzgerald). Avec une tendresse particulière pour le dernier : aspiration à la pureté, phrases comme des fleurs rares, miroir inversé d’un naufrage dans l’alcool. Puis percutée par De sang froid (Truman Capote), essai d’écriture sur un fait divers sordide (l’assassinat d’un vieux bonhomme pour une somme dérisoire) après interview patiente des témoins et des deux meurtriers.

Plus tard avoir été transpercée par l’élan vital plein de puissance et de chaleur de Nuala O’Faolein : On s’est déjà vu quelque part, L’histoire de Chicago May (véridique). Par la gouaille, la truculence et le grand cœur d’irlandais de Frank Mac court : Teacher Man, Les cendres d’Angela, 30 ans prof d’anglais de jeunes cancres New-Yorkais (l’équivalent des quartiers Nord marseillais), dont le succès tardif mais fulgurant à 66 ans constitue à lui seul l’éloge de la persévérance. Se rappelle avoir été bouleversée par Les Dépossédés, puis Ripley Bogle (Robert Mac Liam Wilson), transportée de découvrir des auteurs pour qui les mots ne servent pas qu’à écrire beau ou raconter, mais à éveiller à des réalités crues, dénoncer ce qu’il importe de voir, faire rire du pire, en vrais porte-voix d’une humanité solidaire et lucide. Le plus impressionnant et le plus documenté étant le défunt Stieg Larson, Suédois magnifique, journaliste d’investigation et auteur des trois tomes de Millenium (Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence, etc.) Jamais il n’a renoncé bien que lui et sa famille soient sans cesse menacés de mort, pendant leur rédaction.

Autres trésors : Lâcher les chiens, Le destin miraculeux d’Edgar Mint (Brady Udall). Tous les John Fante, Stephen King, Murakami, Yoko Ogawa et Jim Harrisson -Douglas Kennedy, profondément humain lui aussi. Le dernier en date étant Trilogie sale de la Havane de Pedro Juan Gutierrez.

Bref, roman social, réaliste, humaniste, en lisant la 4èm de couv’ des bouquins qui la touchent, on réalise qu’ils sont le plus souvent écrits par des voyageurs, journalistes ou musiciens comme elle, comme si un guide mystérieux l’orientait, vers ce qui compte.

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