Plage des Catalans

Il était 15h30. Le soleil était haut dans le ciel.
Maria est descendue du bus en courant. Elle voulait voir la mer.
Elle courait. C’était un besoin.
Il faisait une journée splendide. La chaleur moite lui collait une cuisse dans l’autre, lui collait les cheveux à la nuque. Le bain de mer serait divin !
Rendrait léger tout ce que l’humidité appesantit.
Elle s’est arrêtée au coin de la rue. Le feu rouge a retenu son élan et alors, elle l’a vue.
La mer était là, étincelante.
La plage était bondée. De loin, elle semblait belle, enchantée.
Maria est entrée sur la plage.

Ses pieds effleuraient maintenant les mégots sur le sable,  ses oreilles étaient submergées par la rumeur métallique des voix des baigneurs. L’enchantement se dissipa. Son désir s’écroula comme un château de sable.
Debout, au milieu de la plage, soudain envahie d’angoisse, elle chercha un coin où s’abriter. La vision des corps gras, de leur chair rosie par le soleil, de leur peau flétrie… L’odeur âcre se mélangeant aux pleurs des enfants capricieux, les mots grossiers criés avec volupté…
Son regard cherchait, désespéré, un lieu où se mettre en recul, derrière une vitre.
Mais puisqu’elle était là, elle s’est assise et a essayé de se concentrer sur l’horizon et de faire abstraction. Voir au-delà.
Mais l’au-delà n’est pas ici et le constat, lui, était très présent : elle ne voulait plus être ici, ni rentrer dans la mer, ni s’allonger sur le sable, ni vivre dans cette ville, ni dans ce pays et soudain est arrivée la question désespérée,

– Où était sa place ?

Mirosa Grag