Bulle

C’est un long compagnonnage, nocturne le plus souvent, au lit dans l’idéal, le corps à l’abandon pour privilégier le voyage immobile des sens. Dans le train aussi, bien sûr, où la berceuse ferroviaire, insidieuse, joue son rôle de marchande de sommeil entre deux chapitres.
Le temps d’un soupir, la vigilance se relâche et l’esprit s’évade, dans une contrée imaginaire ou lointaine, l’armée des mots du réel livre alors une folle course au mouton sauvage, à un bon gros géant, à une licorne de la fin des temps.

Un livre de chevet est un veilleur de nuit.
La magie de ses pages se déverse dans les plis des rêves, une lecture fantasmée se poursuit aux heures souterraines, où l’on apprend comment devenir un ange, ou un monstre, c’est selon.
Au matin, tout l’enjeu est de démêler le vrai du désiré. L’inventé et le lu s’étreignent dans la promesse de l’aube.
Après la fiction et le rêve, le troisième mensonge commence là, dans la grâce et le dénuement des premières lueurs du jour, poursuite d’un songe éveillé.

Observez un être vivant qui émerge de sa nuit : c’est aux lambeaux de littérature accrochés à ses paupières que vous saurez si c’est un homme.