Joseph Boyden et ma mère (1/3)

J’ai offert à ma mère, lectrice assez récente, un recueil d’œuvres de Zweig, qui lui était alors inconnu, et qui a finalement passé un hiver avec elle. Le Noël suivant, je lui ai offert un recueil de Joseph Kessel. Un autre hiver se passe, qui déborde sur le printemps, puis sur l’été. Elle ne le lâche pas et m’agace à me parler sans cesse de tous ces personnages qui jusqu’alors étaient mes compagnons de route. En réaction je lui apporte Le chemin des âmes de Joseph Boyden : qu’elle aille se frotter à la barbarie de la première guerre mondiale, à l’engagement de ces deux indiens Cree de l’Ontario qui se retrouvent dans les tranchées en tant que snipers, qu’elle assiste au retour d’un des deux, désincarné, dévoré par le remords, la morphine, qu’elle se confronte à l’univers des indiens Cree, la fin d’un monde, déraciné, traumatisé, écartelé, mais dont la spiritualité maintiendra le rescapé sur le fil de la vie, guidé par sa tante qui le ressuscitera au fil de l’eau. Lorsque je vais chez elle un mois plus tard, il lui reste une centaine de pages à lire. Elle me bougonne que c’est pas mal, oui… Elle passe le premier après-midi de ma visite, plongée dans son livre, silence… Et le dîner ? On pourrait bouger ? Pas un geste… ça a l’air de te plaire ? Pas un son. Bon, je vais marcher moi… Lorsqu’elle achève le livre en fin de journée, je suis là. Lentement, elle ferme la quatrième de couverture, le livre bien droit et calé sur les genoux, elle sourit, me regarde (enfin) et me dit, l’émotion dans la voix : c’est formidable ! Le temps que je réponde, elle retourne le livre, va à la première page… et lit. Tu fais quoi ? Je le relis… Je ne pensais pas que Kessel serait si facilement supplanté. L’intelligence et la sensibilité qu’elle a, quand finalement elle me raconte pour la troisième fois le livre de Boyden (que j’ai lu), m’émeuvent. Je me décide à lui amener une nouvelle découverte dont elle va tomber raide dingue et qui est un livre qui accompagne à merveille l’univers de Boyden : L’étrangère aux yeux bleus de Youri Rytkhéou.

Lili Papillon

Joseph Boyden, beau Joseph hidden (1/3)

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