1975 – Sainte-Marthe

Rue Étienne Dolet. (2/3)

La seule façon de me convaincre de l’accompagner à l’église, était de me promettre de me coudre une robe. Elle était maligne. Et bigote. Lorsque je vais chez elle ces vacances-là, elle m’avait préparé cette magnifique robe moutarde à plastron. Imparable. J’ai encore en moi la sensation que j’ai éprouvée à la vue de cette œuvre. Je me ressens encore dedans. Je revois la tenue avec les chaussures noires cirées socquettes à trous. Mémé et moi, endimanchées, remontons la rue Etienne Dolet jusqu’à l’église qui domine le quartier. Sur la place, je vois Marseille et ses toits plongeant jusqu’à la mer, et de l’autre côté de la place, les collines, la campagne, les fermes, les mas, les champs à perte de vue. Ma robe acquise et étrennée, je ne retournerai plus jamais à l’église. J’étais maligne. Et pas bigote. Dorénavant elle irait seule, à pied, pour intercéder, se soulager ou remercier, faire brûler des cierges tout là-haut, à la bonne mère. C’est plus près du ciel je crois.

Lili Papillon

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église Sainte-Marthe