Retrouvailles

Le cas Malaussène, de Danial Pennac

C’est comme si vous arriviez, par hasard ou à votre insu, dans une fête d’anciens amis. Des amis de trente ans que vous n’auriez plus vus depuis vingt… Vous n’êtes plus forcément sur les mêmes modes, vous ne réagissez plus aux mêmes codes, aux mêmes signaux, aux mêmes bons mots : au fond de vous, vous trouvez les choses éculées et réchauffées et vous vous demandez ce que vous faites là. Renouer n’est jamais facile, entre temps vous vous êtes nourris autrement, différemment. Pourtant vous l’avez aimée cette fratrie, combien de fois êtes-vous allés à Belleville déambuler à la recherche de Julius ou de Benjamin Malaussène (qui attire aussi bien les ennuis que les femmes). Et au moment où vous allez vous tirer en douce, un souvenir émerge, une image jaillit : inspecteur Van Thian et le bébé Verdun ! Et lentement la tribu se répand à nouveau dans votre être (vous en avez fait partie après tout), vous commencez à bouger sur les loufoqueries, vous vous laissez séduire par les nouveaux venus, quand finalement, conquis, vous vous lâchez comme à la belle époque. Et au moment où la soirée se finit, noir total, tout le monde se fige, vous dîtes : « Ah ben non, moi je commençais à m’amuser… ».

Lili Papillon

Le cas Malaussène, de Daniel Pennac, Gallimard, 2017