Joseph Boyden et mon amie (2/3)

CheyenneWomanPrettyNose1879 - Montana

Une amie me demande de la guider sur une lecture qui contiendrait, selon ses centres d’intérêts et sa réflexion du moment : des indiens, de l’animisme et de l’histoire. Trop facile! Je lui mets entre les mains Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden. Pendant un mois, elle  bute sur les vingt premières pages : l’ennui ? la fatigue ? la première expérience du livre électronique? C’est ce que je me dis chaque jour après une enquête discrète, angoissée par le fait qu’elle n’accroche pas, qu’elle – semble-t-il – pique du nez, qu’elle reprenne sans cesse le livre au début, qu’elle oublie systématiquement de recharger sa tablette… Partager un livre avec des proches est pour moi une expérience très physique qui me laisse généralement en suspens dans une zone d’incertitude assez peu confortable. Nous partons ensemble en Espagne et la magie du déplacement enclenche l’osmose qui va naître entre elle et l’univers de Boyden.

Le récit est le suivant : au XVIIe siècle, au Canada, trois personnages, un guerrier huron, une adolescente iroquoise et un missionnaire jésuite français, assistent à la destruction d’un monde pris en tenaille entre les Français et les Britanniques, lesquels, pour gagner la guerre, instrumentalisent les Hurons et les Iroquois. Récit polyphonique qui restitue aussi bien la spiritualité du monde complexe des indiens, la poésie d’un rapport au monde, la persécution des nations premières, ainsi que l’obstination d’une religion qui toujours assène sa vérité sans prise de conscience de l’humain d’à côté, au détriment d’un dieu de l’autre côté.

Mon amie m’a peu ou prou fait le coup de ma mère, c’est à dire se connecter totalement avec le livre, m’excluant de fait. Elle en est ressortie changée, renforcée dans ses convictions de se lancer dans un travail autour des nations premières, de l’animisme, conquise par la magie du verbe et la force du récit de Boyden, bouleversée par l’histoire d’une époque peu glorieuse qui par filiation nous appartient. Elle a enchaîné sur Le fils de Philipp Meyer.

Lili Papillon

>> Joseph Boyden et ma mère (1/3)