Ma rencontre avec Joseph Boyden (3/3)

J’ai découvert Joseph Boyden par hasard, le livre pioché chez quelqu’un quand on n’a plus rien à lire. Je venais de finir Nageur de rivière de Jim Harrison. J’aime profondément cet auteur chez qui les personnages trouvent ou retrouvent un souffle vital dans la nature, dans le non-humain qu’eux et Harrison respectent en tant que processus, sans domination, ni mépris. Moi qui n’aime ni la pêche ni la chasse, j’apprécie la pêche à la mouche dans les rivières du Michigan à ses côtés, comme j’aime chasser avec les Jivaros de Descola dont j’avais achevé le livre auparavant. Les lances du crépuscule de Philippe Descola est une chronique de l’anthropologue sur sa vie au milieu des Achuar en haute Amazonie dans les années 1970, un témoignage à la fois affectif et intellectuel faisant hommage à la liberté de vivre.

Donc, lorsque je tombe sur Joseph Boyden, c’est comme des pièces de puzzle qui s’emboîtent. Dans Les saisons de la solitude, deux voix se mêlent, celle d’un pilote indien Cree dans le coma et celle de sa nièce de retour d’un long périple. Ils racontent leurs parcours respectifs mettant deux mondes en confrontation : le monde de la modernité, avec ses exigences et l’autoritarisme dont il continue à faire preuve à l’égard de l’univers dont ces personnages sont issus, et le monde d’une spiritualité liée à la nature, de l’horizontalité des rapports d’échanges, un monde dominé par une cosmogonie très riche et subtile. Mais un monde en fin de course, étouffé, essoufflé, qui tôt ou tard s’éteindra, comme peut-être celui des Achuar.

Porté par une écriture brute, poétique et puissante, le livre de Boyden rejoint l’écriture de Harrison et communie avec Descola dans une défense d’un autre rapport au monde, d’une autre relation entre humain et non-humain qu’il nous faut reconsidérer pour une justesse « d’être au monde ». Chercher, trouver ou assumer notre part d’animisme. Boyden nous parle d’un monde qui expire, Descola nous donne les moyens de réfléchir aux moyens d’échapper à l’agonie qui nous guette.

Comme ma mère, je reprends et repense les livres. Alors je ressors de ma bibliothèque ceux de Théodore Monod et je vais chez mon libraire choisir un livre dans la collection de l’éditeur Gallmeister. Je ramène Indian Creek de Pete Fromm.

Lili Papillon

 

Joseph Boyden, beau Joseph hidden (1/3)

> Joseph Boyden et mon amie

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Les-saisons-de-la-solitude