Quand la littérature râpe sur le hip hop

Mythe à La Friche.

Orphée, 11 ans, suit dans les enfers de la Friche la dessinatrice Antico. Derrière eux, d’autres enfants, des parents et une dame aux cheveux d’argent, bloc à dessins et feutre noir à la main, descendant à leur rythme les escaliers métalliques.
Nine Antico mène son petit groupe intergénérationnel dans les allées venteuses de la Friche. La proposition : croquer d’abord de loin, perchés au balcon du second étage, la vue sur les terrains de sport de l’entrée. Orphée s’applique à reproduire le skate park.

Une fois les croquis achevés, une deuxième consigne est donnée : s’immerger dans un milieu et l’observer cette fois de plus près, pour s’approcher du détail.
Ce détail, il faudra le trouver au sein de la battle littéraire qui a lieu plus bas.

La petite troupe entre dans l’arène puis chaque dessinateur se poste à son gré sur les marches en choisissant son angle de vue.

À l’aise comme Dizzilez

Devant eux, deux classes de Seconde du lycée Montgrand sont lancées dans des joutes verbales, parfaitement codifiées et orchestrées par Dizzilez. À peine repérable parmi les six rangées de lycéens déchaînés, Didier Castino écoute avec attention et encourage ses élèves. « Mathieu est venu deux fois en classe, il nous a fait faire des exercices oraux, nous a conseillé des lectures, dont une BD sur l’histoire du rap. » Deux interventions sur l’année, c’est maigre et pourtant les jeunes s’en sortent bien : ils se démènent, se creusent la cervelle pour imaginer des arguments valables, surmontent leur timidité en parlant dans le micro, s’affrontent malgré leur amitié. En bref, ils jouent le jeu. Didier, leur prof, souhaiterait un travail plus approfondi des techniques d’argumentation. Deux minutes pour défendre son point de vue « roman contre BD », c’est court, mais c’est long aussi, quand on tient le micro devant tout le monde.

Une rumeur enfle : l’équipe pro BD vient de l’emporter sur cet argument décisif : « Je suis pas d’accord avec vous, parce que vous dites qu’avec le roman, on imagine l’histoire. (…) Et je pense que vous n’aimeriez pas qu’on modifie votre histoire. »
Fièvre absolue. Ce sera une « finale 100% Seconde 6 ! » hurlent des lycéennes. Même s’ils combattent en public, dans les gradins, les jeunes se soutiennent les uns les autres.

Le hip hop, un truc de Blancs ou de Noirs ?

Ç’aurait pu être une question de la battle littéraire mais non, c’est à l’étage juste au-dessus qu’elle se pose, sur le plateau de Radio Grenouille installé là pour la table ronde Y a-t-il une littérature hip hop ?. « C’est pas une question de couleurs, c’est une question de feeling » assène Youssouf Djibaba, ex-boxeur, grandi à La Castellane, reconverti en animateur social et auteur d’un premier livre. À ses côtés, l’écrivain Faïza Guène et la réalisatrice Kaïra Maamari confrontent leurs points de vue autour de la question de la légitimité à prendre la plume lorsque l’on est de banlieue.
Mais les rugissements de l’arène avalent les voix des invités radio…

Y a-t-il une littérature de banlieue ?

Ce qui est sûr, c’est que dans la banlieue de la Friche, sous le grand plateau, la finale lycéenne bat son plein. Filles contre garçons : « rap old school versus rap d’aujourd’hui. »
Ce mercredi à La Friche, ce n’est pas seulement le lien, prévu par les organisateurs, entre littérature et hip-hop qui s’éprouve, mais la circulation entre les arts et les différents ateliers. Mélange de bruit et de fureur joyeuse qui finira par se fondre en un magma sonore jubilatoire. En une journée, le volcan hip hop aura craché mots, dessins et rythmes sur ce petit bout de terre en friche où poussent les initiatives.

Bulle