Marseille Saint-Charles

Nous arrivons en gareuh de Marseilleuh. Marseille, Marseilleuh Saint-Charles, terminus !!! » chante une voix dansante. Dans la rame, bruit de fond, agitation, les voyageurs rassemblent leurs petites affaires, soudain très pressés de descendre.

Un dernier regard : au loin la mer à l’infini, des maisonnettes et jardins de poche campés sur des rocs blancs de soleil, toits luisants, docks penchés sur l’asphalte, containers, marchandises qui dorment sous la lumière qui frappe, humains miniatures en pleine activité. Les affiches peintes du temps passé, HLM décolorées, entrepôts, les derniers chemins de terre passent un à un au rythme du train qui ralentit. À gauche, de grands murs zébrés de tags signalent la gare toute proche, jusqu’à l’ultime sursaut du wagon de tête au bord d’un quai.

Le souffle d’été prend au corps dès l’ouverture des portes. Valise au bras, elle regarde autour d’elle, remonte le quai tiède sous les rayons rasants, fend la gare en diagonale sous les toits de verre géants, les arbres postiches aux presque vraies aiguilles de pin qui ne sentent rien. Attirée dehors par une lueur, comme un papillon, par la nuit douce sur les vieilles pierres de la cité, l’aura du couchant qui poudroie autour d’un point lumineux. La Bonne-Mère appelle passants, amants, parents qui flânent sur la grande esplanade à se tourner vers elle dès que tombe la nuit.

Dans le dos, les quais clairs, les trains qui ferraillent. Des flots de voyageurs d’ici, de loin, d’ailleurs. Qui débarquent, déferlent, reviennent où il fait beau toujours – dit la rumeur. Affluent sur le parvis pour un bol d’air, pour le plaisir de cligner des yeux, éblouis. Au téléphone, les voix transies par les brouillards du Nord – de ceux qui ne “descendent” pas – demandent inlassablement, dans l’attente ambivalente de la réponse (alors qu’il pleut des baignoires là-haut) : « Alors, fait beau à Marseille ? »

Saint-Charles, retour au bercail. Escaliers de pierre blonde. Polie, creusée, chaude de soleil, dévalée chaque année par des milliers de pieds pour mille destinations. Le boulevard d’Athènes glisse sur son toboggan jusqu’à la Canebière, le long des échoppes, attrape-touristes et bouis-bouis de bord de rue. Sa faune cosmos émerge des ruelles ombreuses. Impasses, vieilles bicoques, bâtisses et immeubles neufs ont eux aussi surgi de la terre, au milieu des chantiers.

Le bitume chaud sous la tong, l’haleine verte des arbres sur la tête, Marseille tchatche fraternellement, irrévérencieusement et, bonhomme, berce les siècles et les peuples pêle-mêle.

Tzëelia
9.8.2017

> Texte miroir de « Oh là là Marseille! »

 

Vue Escalier Saint-Charles Nuit - Cécile